700 km en solitaire, 5 jours et 5 nuits

Mon chemin sans passer à Compostelle.
J'ai côtoyé mon passé : « une vision »,
le présent : « danger de la vitesse sur la route »
et le futur : « ce qui est essentiel ».
Voici un compte rendu succinct d'un voyage.
Non, d'un périple ! Non, d'une aventure !
Non, le mot n'existe pas.
La douleur apporte le réveil de soi.

C'était le dépassement, au-delà de mon espérance, physiquement plus fort qu'un marathon avec en plus l'incertitude et un danger permanent. 5 jours et 5 nuits dont 3 hébergements civilisés, une nuit dans la forêt en bordure d'un champs et d'une rivière, arrivé en pleine nuit, la découverte des lieux au réveil, c'était fabuleux et une nuit de route et piste cyclable en Forêt Noire. Pour surpasser la souffrance physique, je devais penser plus fort et mes projets d'avenir en sont affectés.

1ère étape

Etape sans surprise de 100 km avec une visite à ma nièce Mireille, par le chemin des écoliers. Normal, elle est institutrice ! 40 km en plus, Valence, hébergé chez mes amis Anne Sophie et Thierry avec un repas plein de vitamines. Normal, il est médecin !

2ème étape

Etape la plus courte mais la plus dure, 80 km : Vienne. Marilyne, la fille d’Henri ne m’attendait probablement pas dans l'état où j’étais, mouillé à la fois de transpiration et aussi partiellement de pluie, transi, du vent et presque de la neige, je ne trouvais pas l'adresse, communication téléphonique presque incompréhensible à cause du vent, les doigts gelés etc... Elle me trouve en ville presque en perdition.

Un bain chaud aromatisé m’attendait et un repas bio équilibré celui d'une future herboriste. Je n'ai pas fumé mais j'ai oublié ce que j'ai mangé, tant j’étais bouleversé par la vision de la mère sur sa fille, dans les mêmes lieux que 30 ans plus tôt, ce qui me rajeunissait d'autant. Les premiers soins, cataplasme de mon genou gauche avec une méthode aussi efficace qu’inattendue.

3ème étape

La plus longue arrivée inconnue: 160 km. Un départ relooké, plein d’énergie, néanmoins je quitte avec empressement le centre ville avec la peur au ventre d'une folle qui se précipitait sur les voitures avec une barre de fer. Un jour peut-être, dans un de mes récits, je parlerai « du vent arrière qui gonfle les voiles ». Cette fois encore, j'ai le vent dans le dos, tant et si bien que je ne me suis pas arrêté à Bourg en Bresse et j'ai roulé jusque tard dans la nuit où je me suis enfoncé dans la forêt pour éviter le bruit de la route et me cacher, un champ avec une mangeoire comme pour jésus, couverte pour protéger le foin de la pluie.

Des bruits inattendus d'eau et une atmosphère insolite, des oiseaux et animaux sauvages inconnus.
J'ai pensé à la crèche. Je l'utiliserai, si besoin, pour me protéger en cas de forte pluie. Mais le vent qui soufflait encore en rafale m'a obligé à me terrer dans un creux à même le sol derrière un abreuvoir. Au réveil, la découverte d'un environnement fabuleux, l'eau c'était probablement le Doubs.

4ème étape

Très courte de 110 km, avec une arrivée précise programmée à 17h à Besançon. Une chambre 4 étoiles avec un lit 6 étoiles. Un repas régional délicieux et bien venu, saucisse de Morteau et Cancoillotte. J'ai apprécié les recommandations de Agnès que je recevrai en septembre. Elle connaît bien Pont-St-Esprit et elle m'a convaincu de prendre les pistes cyclables appelées « vélo-route ». C'était magnifique le Doubs sur 50 km ou plus, puis j'ai perdu la piste et repris les routes nationales pour éviter Belfort.

5ème étape

La gare de Mulhouse, environ 140 km, Je prévoyais de voyager toute la nuit et arriver tôt le matin à destination, mais j'ai eu droit à la série de difficultés techniques : deux crevaisons, une pédale qui se dévissait, la selle qui descendait, les vitesses qui ne passaient pas correctement, probablement dû au démontage de la roue arrière dans des conditions très difficiles, la charge par dynamo insuffisante, etc. Par deux fois, en suivant les panneaux de route nationale, je me suis retrouvé sur l'autoroute et la deuxième fois, le pire c'était 9 km avant de trouver la première sortie, pas de voie d'urgence et évidemment : une crevaison où je devais réparer à la rustine sur un bas coté presque inexistant dans la pénombre. Merci frontale.

Le départ de Mulhouse, trajet de nuit, 70 km, début de la 5ème étape quand je serai mis dehors de la gare. Je mange, je me repose et je charge tous mes accessoires : lumières y compris mon téléphone pour le GPS. Je suis mis à la rue à 2 heures du matin.
Je m'exécute, le videur et le chef de Gare n'en croient pas leurs yeux à la lecture de mon affiche, je ne pense pas qu'ils seront client à la Spiripontaine, mais ils étaient impressionnés par mes 700 km, en fin de parcours, leur comportement est exemplaire, voulez vous dormir à l'intérieur ? Non merci je dois rouler tout le reste de la nuit. C'est à celui qui me trouverait le meilleur trajet, puis l'un d'eux me programme mon GPS sur les pistes cyclables qui me conduiraient en Allemagne. C'était vraiment super : personne en vue, le calme complet, une conversation avec les animaux nocturnes. Tout de même, merci boussole.
A la frontière, très confiant, j'annonce mon arrivée surprise, pour le repas de midi. Et bien non, ce sera avec une heure de retard, le sort s'acharne, une autre crevaison, ce sera la dernière et la surprise était complète au repas d’anniversaire de mon fils ainé Michael.

Comme j'étais en pleine forme, j'ai eu droit à faire de l'enduit mural pendant un jour, une truelle neuve, une baignoire de bébé en guise de gamate, du ciment heureusement mais pas de chaux et du sable de bac à sable pour enfants. Je ne pouvais pas refuser l'aide de Luca, mon petit fils 7 ans. Puis un autre jour, du jardinage. Arracher deux souches d'arbre avec une pioche et une pelle alors que j'ai une pelle mécanique à Loustau, mais à 700 km. J'ai aussi une voiture et je roule en vélo, c'est maladif ! Pour finir de la peinture qui ne couvrait pas, une couche, deux couches, TROIS couches. Retour en train 1ère classe, senior oblige, je n'ai pas fait exprès dans les deux cas.

Et me voici de retour à Avignon, mais sans vélo cette fois... accueilli Par Laurence soulagée, car instigatrice indirectement de cette idée saugrenue.

A force de garder le secret pour réussir une surprise, j'en ai oublié de mentionner Lucie, la maman de mes petits enfants qui a jouée un rôle important pour porter ce projet à son apogée, jusqu'à la dernière phase de la correction de ce document, au risque de me répéter, normal elle est traductrice.

Merci à toutes et à tous qui par la pensée m'avez soutenus dans les difficultés, oups, Jean Charles émission d'énergie insuffisante, Jean François tes pneus sont OK jusqu'à 600 km après problème, merci tout de même. Mille excuses à tous ceux que j'ai oubliés, j'ai de bonnes jambes, la preuve en est faite ? INCONTESTABLE mais la tête laisse à désirer ! Mille excuses.

Jacques, le 02.04.2016