SainteLyon

La SainteLyon

promenade nocturne entre Saint-Etienne et Lyon

Départ

Nous étions ensemble sur la ligne de départ entourés de 8000 coureurs, jusque là c'est normal, mais nous étions aussi ensemble sur la ligne  d'arrivée après 72km de course, ça c'est extraordinaire, car nous avons fait la moitier du trajet séparé par nos propres déboires !

Default Image

Un bon départ sur 20 km tout à fait dans les normes, très raisonnable, au premier ravitaillement nous avons fait acte de présence, quelques minutes seulement, sans plus, car il y avait beaucoup trop de monde.

On reprend avec bien sûr le suspens en tête, objectif aller jusqu'au bout.

Mais voilà, que peu de temps après sur un dénivelé moyen j'ai des vertiges, un manque soudain d'énergie, je souffre, je ne comprends pas ce qui se passe et je ne peux plus avancer, je m'arrête, je vacille, Mic revient vers moi, je cherche à m'appuyer mais c'est une palissade de barbelé. Mic me fait signe, il y a un poteau à moins d'un mettre, il ne comprend pas pourquoi j'insiste à me tenir à des barbelés.

Je tombe à genoux et je vomis, oui mais, j'ai rien à vomir, très douloureux, puis je reprends mes esprits un peu soulagé, je finis la côte en marchant et tout doucement je recommence à courir mais difficilement.

Default Image

Mic m'assistera et m'attendra pendant 15 à 20 km, puis il me suggère d'abandonner, une idée inimaginable, j'aimerais qu'il continu sans moi mais il n'accepte pas la proposition.

Puis, le plus grand dénivelé arrive, 800 m de distance ce n'est pas franchement infaisable mais tout de même une pente à 25%, sinueuse, des grands arbres et des rochers qui auraient empêchés un hélicoptère et le buggy de venir ramasser un éclopé !

La décision est prise en haut où Mic allait m'attendre, il m'abandonnerait à mon destin.

C'est là que j'ai pensé mourir quatre fois, pour moi cela aurait été un soulagement, mais je ne voulais pas gâcher le challenge à mon fils , une bonne raison pour arriver en haut, le voir partir et moi faire mon chemin.

Quatre fois sur ce petit trajet je me suis arrêté, puis appuyé à un arbre ou je visais un rocher pour ne pas m’asseoir par terre car jamais je n'aurais pu me relever. Ceux qui montaient et qui me doublaient étaient guerre mieux que moi, par contre ils progressaient et moi je ne bougeais plus !

C’était la plus grosse difficulté de toute la course.

En haut, Michael m'attendait et j'ai repris à courir sur le plat puis au premier petit dénivelé Mic est parti à son rythme.

La suite était dure, 20 ou 30 km je n'avais plus d’énergie et au ravitaillement je ne prenais que deux tasses de bouillon chaud, ce qui me chauffait un peu les mains.

La déprime, c'est quand on est doublé en permanence jusqu'au moment ou un coureur s'est inquiété de savoir exactement ce que j'avais, des nausées, vomissements. De son sac il m'a donné deux petites pilules magiques que j'ai pris sans discuter, puis il m'a laissé à mes souffrances.

J'ai dit « magique » car 30 minutes après j'ai pris une banane dans ma sacoche, et aussi une barre de céréales et pâte de fruits que j'avais en réserve, merci Laurence ma sophrologue.

 Arrivée

Le calvaire semblait fini, au ravitaillement suivant, j'ai dévoré et voilà que je double mon sauveur qui était en groupe de 4, deux garçons et deux filles !

Maintenant, sourire aux lèvres dégelées je suis comme sur un départ et je continue à doubler, je me venge, j'observe un vétéran puis un deuxième et je les double en leur laissant aucune chance, au moins je ne serais pas le dernier ! Je pète la forme, aucune douleur musculaire, il ne reste plus que 25 km... Le quotidien, le froid, le gel, la glace, la gadoue, les sources qui ruisselaient autour de gros cailloux glacés sur le dessus, inutile de réfléchir, il faut passer, aller de l'avant.

C'est merveilleux, la plus par du temps je suis seul, quand je vois quelqu'un devant, je n’ose pas le doubler après on se sent un peu ridicule quand on est redoublé, la aussi je ne comprenais rien j'avais un peu peur de rechuter, c'est comme avoir les yeux plus gros que le ventre. Fin du calvaire, la civilisation, en contre bas la ville de Lyon, une longue descente d'escalier, pas vraiment normalisé, par moment un essai en marche arrière, pas vraiment efficace.

Voilà que mon histoire devient "extraordinaire" comme je l'annonçais au début de mon compte rendu. Devant moi un coureur malchanceux boitait,  j'avais de la compassion, c'était normal, mais… suspense…

Incroyable mais vrais, c'était Michael !

Mon fils avec une défaillance d'un genoux. c'était ma faute de fabrication, moi le géniteur. Il voulait que je continu seul, évidement c'était Non, je lui devait de m'avoir attendu au moins pendant 20 km en début de course.

Notre objectif était atteint. Ce n'est pas une fin d'histoire arrangée, c'est la réalité. Vidéo en musique pour preuve. Nous avons ensemble passé la ligne d'arrivée.

Le traget

https://www.youtube.com/watch?v=l_3UTiJpERQ

72 km avec 1200 m de dénivelé positif. Le tout par une température entre 0°C et -4 °C. Partiellement de la glace en train de fondre (bien glissant) et donc des chemins gorgés d'eau ruisselante et de gadoue.